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Les obligations vertes : Investir dans l’économie durable

Alors que l’investissement responsable prend de plus en plus d’importance, émerge un nouveau domaine d’investissement captivant: les obligations vertes. Ces instruments financiers allient habilement l’écologie et l’économie, créant ainsi une voie vers un avenir plus vert tout en offrant des opportunités d’investissement intéressantes. Destiné aux investisseurs novices comme expérimentés, ce guide détaillé vise à donner une compréhension solide des éco-obligations et à montrer comment elles peuvent jouer un rôle crucial dans la transition vers une économie durable.

Qu’est-ce qu’une obligation verte?

Une obligation verte, également connue sous le nom d’éco-obligation, est un instrument de dette spécialement conçu pour financer des projets ayant un impact environnemental positif. Comme toute obligation, elle représente un emprunt qu’une entité – qui peut être un gouvernement, une municipalité, une institution financière ou une entreprise – émet pour lever des capitaux. Cependant, ce qui distingue une obligation verte des autres, c’est l’engagement explicite de l’émetteur à utiliser les fonds levés pour financer des projets verts et durables spécifiques.

Obligations vertes principe

Le terme « vert » est utilisé de manière assez large pour couvrir une variété de projets liés à l’environnement. Ces projets peuvent inclure, sans s’y limiter, la construction de parcs éoliens ou de fermes solaires, le financement de technologies propres, la mise en place de systèmes d’efficacité énergétique, la promotion de l’agriculture biologique, la gestion durable des déchets et de l’eau, et bien d’autres initiatives qui soutiennent une transition vers une économie à faible émission de carbone.

Certaines obligations plus vertes et rentables que d’autres

Toutefois, il est crucial de comprendre que toutes les obligations vertes ne sont pas créées de la même façon. Certaines peuvent avoir un impact environnemental plus important que d’autres, et le degré de transparence et de responsabilité dans l’utilisation des fonds peut varier considérablement d’un émetteur à l’autre. Ainsi, alors que certains peuvent voir ces obligations durables comme un moyen de « verdir » leur image de marque sans engagement significatif, ce que l’on appelle couramment le « greenwashing« , d’autres les utilisent pour canaliser de véritables investissements vers la transition écologique.

Green washing obligations

Un autre aspect à considérer est le rendement des obligations vertes. Comme pour toute obligation, les investisseurs qui achètent ces titres reçoivent des paiements d’intérêts périodiques, appelés coupons, pendant la durée de vie de l’obligation, ainsi que le remboursement du capital à l’échéance de l’obligation. Le taux d’intérêt, ou rendement, dépend de divers facteurs, dont la durée de l’obligation, le risque de crédit de l’émetteur, et les conditions du marché.

L’émergence et la croissance des éco-obligations

L’essor des obligations vertes a été remarquable ces dernières années. Leur naissance remonte à 2007 lorsque la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a émis la toute première obligation verte, initialement appelée « obligation climat ». A partir de ce point, le marché a commencé à prendre de l’ampleur, même s’il restait relativement modeste au cours des premières années.

Le véritable tournant est survenu autour de 2013, lorsque la taille du marché des obligations vertes a commencé à augmenter de manière significative. Cette année-là, la première obligation verte d’entreprise a été émise par EDF, un énergéticien français, ce qui a marqué l’entrée des entreprises privées dans ce domaine. Par la suite, le marché a connu une croissance rapide, soutenue par l’émission d’éco-obligations par des organismes multilatéraux de développement, des gouvernements nationaux et des entreprises du monde entier.

En 2020, selon les données de la Climate Bonds Initiative (CBI), le marché mondial des obligations vertes avait atteint une valeur impressionnante de 269 milliards de dollars, ce qui indique une acceptation grandissante de ces instruments financiers parmi les investisseurs.

Climate Bonds Initiative

La croissance du marché de ces obligations a été stimulée par plusieurs facteurs. Tout d’abord, il y a une prise de conscience croissante de la nécessité d’agir face aux défis environnementaux, notamment le changement climatique. Les obligations vertes offrent une opportunité unique d’aligner les investissements financiers sur les objectifs environnementaux.

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Des opportunités d’investissement durables

Deuxièmement, de plus en plus d’investisseurs recherchent des opportunités d’investissement durable qui leur permettent de générer des rendements tout en ayant un impact positif sur la société et l’environnement. Ca tombe plutôt bien, ce type d’obligation répond parfaitement à cette demande.

Enfin, les régulateurs et les décideurs politiques du monde entier ont encouragé le développement des obligations vertes en établissant des cadres réglementaires favorables et en émettant eux-mêmes ces titres. Par exemple, en 2020, l’Union européenne a annoncé son intention d’émettre jusqu’à 225 milliards d’euros d’obligations vertes pour financer son plan de relance verte.

Alors que ce marché continue de mûrir, il est clair qu’il a un rôle de plus en plus important à jouer dans la mobilisation des capitaux nécessaires pour financer la transition vers une économie verte. Cependant, pour que le marché des obligations vertes réalise son plein potentiel, il est essentiel de continuer à améliorer la transparence et la standardisation, et de veiller à ce que les fonds levés soient effectivement utilisés pour des projets verts.

Les obligations vertes : Un investissement (vraiment) lucratif ?

Lorsqu’on parle d’investissement, la question du rendement est naturellement cruciale. Alors, les obligations durables sont-elles un investissement lucratif? La réponse est nuancée et dépend de plusieurs facteurs, dont les objectifs spécifiques de l’investisseur, la qualité de l’émetteur, et les conditions du marché.

Investissement obligations vertes

Premièrement, comme pour toute obligation, les obligations vertes offrent un revenu fixe sous forme de paiements d’intérêts, ou coupons, qui sont versés périodiquement à l’investisseur. Le taux d’intérêt, ou le rendement, de l’obligation dépend principalement du risque de crédit de l’émetteur et de la durée de l’obligation. En général, plus le risque est élevé et la durée de l’obligation est longue, plus le rendement est élevé.

Cependant, les obligations vertes ont aussi d’autres caractéristiques qui peuvent affecter leur rendement. Par exemple, en raison de leur finalité écologique, ces titres financier peuvent bénéficier d’une forte demande de la part des investisseurs qui cherchent à investir de manière responsable, ce qui peut potentiellement réduire le rendement de l’obligation. D’un autre côté, si l’émetteur de l’obligation verte est perçu comme étant plus durable et moins risqué que d’autres émetteurs, cela pourrait également conduire à un rendement inférieur.

Des intérêts plus intéressant qu’un simple rendement financier

Il est également important de souligner que les obligations vertes peuvent offrir dans certains cas des bénéfices qui vont au-delà du simple rendement financier. En effet, en investissant dans des obligations durables, les investisseurs peuvent contribuer à la transition vers une économie verte et aider à lutter contre le changement climatique. Pour de nombreux investisseurs, cet « impact environnemental » peut être tout aussi important, voire plus important, que le rendement financier.

Le 24 janvier 2017 à d’ailleurs marqué un tournant important dans l’histoire financière française. Ce jour-là, l’Agence France Trésor (AFT) a introduit la première Obligation Assimilable du Trésor (OAT) verte de l’État français, une obligation souveraine d’une durée de 22 ans (OAT verte 1,75 % 25 juin 2039) pour un montant total de 7 milliards d’euros.

Malgré tout, il est crucial de souligner que, comme pour tout investissement, l’achat d’obligations vertes comporte des risques. Ces risques comprennent le risque de crédit de l’émetteur, le risque de taux d’intérêt (c’est-à-dire le risque que les taux d’intérêt augmentent, ce qui réduirait la valeur de l’obligation), et le risque de liquidité (c’est-à-dire le risque de ne pas pouvoir vendre l’obligation rapidement sans subir une perte importante). Par conséquent, il est essentiel pour les investisseurs de bien comprendre ces risques avant d’investir dans des obligations vertes.

Les vérifications et la transparence de ces éco-obligations

Un défi majeur dans le domaine des éco-obligations réside dans la vérification de la ‘vertitude‘ des projets financés. En effet, pour maintenir la confiance des investisseurs et garantir l’intégrité du marché, il est essentiel que les fonds levés par ces obligations soient effectivement utilisés pour financer des projets verts et que cet usage soit clairement communiqué aux investisseurs.

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Vérification transparence éco-obligations

Pour répondre à cette préoccupation, des organismes tels que l’International Capital Market Association (ICMA) ont établi les Principes des Obligations Vertes, un cadre volontaire qui vise à promouvoir la transparence et l’intégrité du marché des obligations vertes. Selon ces principes, les émetteurs de ces obligations sont encouragés à communiquer clairement l’utilisation des produits de leurs obligations, à établir des processus de gestion de projet pour suivre les dépenses vertes, et à produire des rapports réguliers sur l’impact environnemental des projets financés.

En plus de ces principes, de nombreux émetteurs d’obligations vertes font appel à des tierces parties indépendantes pour vérifier leurs obligations. Ces vérificateurs évaluent la conformité de l’obligation avec les principes des obligations vertes, ainsi que l’adéquation des processus de gestion de projet de l’émetteur. Ils peuvent également évaluer l’impact environnemental des projets financés par l’obligation. La vérification par une tierce partie ajoute une couche supplémentaire de confiance et peut être particulièrement utile pour les investisseurs qui n’ont pas la capacité ou l’expertise pour évaluer la ‘vertitude’ des obligations par eux-mêmes.

Malheureusement et malgré ces mesures, des préoccupations subsistent quant à la possibilité de « greenwashing« , c’est-à-dire l’utilisation trompeuse de revendications environnementales pour promouvoir une image positive. Pour lutter contre le greenwashing, certains experts appellent à des normes plus strictes et à une réglementation plus contraignante du marché des obligations vertes.

Du concret en matière d’obligation durable

Plusieurs exemples d’émissions d’obligations durables ont marqué le marché ces dernières années, démontrant l’engagement croissant des entreprises et des gouvernements envers les initiatives environnementales.

  • En 2020, Google, par le biais de sa société mère Alphabet, a réalisé la plus grande émission d’obligations durables de l’histoire, levant 5,75 milliards de dollars pour financer une gamme de projets environnementaux et sociaux. Ces projets incluent l’efficacité énergétique, les énergies propres, les logements abordables et la lutte contre les inégalités raciales.
  • Le gouvernement français, quant à lui, a émis une obligation verte de 7 milliards d’euros en 2017 avec une maturité de 22 ans, la plus grande et la plus longue à l’époque. Les fonds ont été utilisés pour financer la transition énergétique, la biodiversité, la lutte contre la pollution et l’adaptation au changement climatique.
  • En 2019, Verizon Communications, une grande entreprise de télécommunications américaine, a émis une obligation verte de 1 milliard de dollars pour financer une variété de projets environnementaux, notamment l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et les technologies d’eau propre.

Ces exemples montrent que les obligations vertes peuvent être un outil précieux pour mobiliser des capitaux à grande échelle en vue de financer la transition vers une économie verte. Ils soulignent également le rôle crucial que peuvent jouer les entreprises et les gouvernements dans la promotion des investissements verts et durables.

Conclusion : en route vers le changement climatique

Au vu de la trajectoire ascendante du marché des obligations vertes, il est clair que ces instruments financiers ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre le changement climatique et potentiellement atteindre un seuil de neutralité carbone. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire pour renforcer la transparence, éviter le greenwashing et standardiser les critères et les pratiques de reporting.

Malgré ces défis, les éco-obligations offrent une opportunité unique de concilier les objectifs financiers et environnementaux, permettant aux investisseurs de générer des rendements tout en soutenant les efforts pour construire un avenir plus vert. À mesure que de plus en plus d’entreprises, de gouvernements et d’investisseurs reconnaissent cette valeur, nous pouvons espérer que les obligations vertes continueront à jouer un rôle de plus en plus important dans la finance mondiale. À l’avenir, les obligations vertes pourraient bien être l’une des clés qui nous permettront de déverrouiller une économie véritablement durable pour les générations futures.

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